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Les aspects du rituel tantrique

La métaphysique, l'art, la science forment le système de connaissances qui éclairent l'adepte sur les origines et la destination de la sadhana (pratique) tantrique, le rituel fournit la panoplie de moyens. Le rituel peut être défini comme un lien connectant la psyché individuelle à l'essence universelle. Le Tantra propose un modèle opératoire permettant de réaliser la libération de l'individu, et indique une façon d'agir efficace à l'intérieur de la perspective qu'il a tracée. Les rites tantriques réalisent un code pratique cohérent et logique à l'intérieur du système de croyances. Ils sont porteurs de significations symboliques précises. Ils ont le pouvoir de susciter une expansion de la conscience, et leur efficacité réside dans la manifestation de ce pouvoir. Ils induisent des expériences psychophysiques impliquant l'intégralité de nos sens mais, célébrés mécaniquement en vue d'obtenir des gains ou des profits matériels, les rites ne peuvent donner grand résultat.
On opère une distinction entre le simple acte rituel et la sadhana. Un rite exécuté dans la vie quotidienne peut être artificiellement séparé de l'ensemble de la discipline, tandis que la sadhana implique la totalité d'une discipline spirituelle, intégrant de nombreuses pratiques rituelles, dont chacune forme un élément de l'ensemble d'un système de croyances. Si le Tantra est libéré de son orientation cultuelle, s'il est pratiqué en tant que technique d'expansion de la conscience, il satisfait aux besoins des occidentaux. Ajit Mookerjee et Madhu Khanna tous deux spécialistes des disciplines orientales nous en livrent, dans leur ouvrage intitulé « La voie du Tantra, Art – Science – Rituel » (cf bibliographie), un exposé précis résumé ci-après.
Les techniques employées sont les suivantes : le son (mantras), la forme visuelle (yantras), les postures et gestes psychophysiques (mudras), les offrandes de fleurs, d'encens et d'ingrédients rituels, le contrôle de la respiration (pranayama), les pratiques sexo-yogiques (asanas) et la concentration (dhyana). Chaque technique s'interpénètre avec une ou plusieurs autres. Elles tendent fondamentalement à renforcer le pouvoir de la vision intuitive ; c'est pourquoi elles utilisent des moyens qui mettent en œuvre tous nos sens : l'ouïe avec les mantras, le toucher avec les mudras et les nyasas, l'odorat et la respiration avec le pranayama ; la vue avec la concentration et la méditation.
La sadhana tantrique varie suivant le but recherché, mais l'objectif primordial consiste à encourager le déploiement des énergies latentes dans l'être humain, pour le faire accéder à l'expérience de la joie et de l'unité.
Les différentes étapes s'opèrent de la façon suivante :
  1. Purification et sanctification : le sujet doit abandonner une attitude lourdement programmée à l'égard de son propre corps. Il s'agit d'harmoniser le corps physique avec le corps subtil qui s'ouvre aux énergies cosmiques.
  2. Identification et intériorisation : processus d'introjection qui transforme l'objet du culte en une partie du soi.
  3. Harmonie et équilibre : l'harmonie est la condition de la réalisation. Il s'agit d'harmoniser, dans le corps humain, les centres énergétiques supérieurs et inférieurs, les forces solaires positives et lunaires négatives, le masculin et le féminin, l'inconscient et le conscient.
  4. Unification : l'unité naît de l'équilibre des forces polaires en interaction. Une fois le processus de réalisation de soi accompli, c'est la totalité. En prenant expérimentalement conscience de cette unité, et du jeu des énergies complémentaires dans le corps, le sujet atteint la condition suprême.

Les instruments de la transformation

Mantra

Le son mantrique représente la technique de concentration la plus ancienne. C'est avant tout une forme psychique concentrée, composée de syllabes basées sur les propriétés ésotériques attribuées aux vibrations sonores. La puissance d'un mantra réside dans l'interaction du modèle vibratoire sonore et de son intonation correcte. Il est vain de réciter un mantra si l'on n'en a pas saisi correctement le sens ou si l'on ne comprend pas la technique mantrique.
Le mantra « Om » ou mantra germe crée une vibration dans le cerveau, et au-delà lorsque la répétition est interrompue, l'effet continue. On admet que la puissance engendrée peut être emmagasinée dans le centre cérébral et activée à volonté. Om est le plus puissant de tous les sons, et la source de tous les mantras. Il est composé de trois sons : a, u, m qui représentent symboliquement les trois gunas : création, préservation, dissolution ; et embrassent toute la connaissance des différents plans de l'univers.
La répétition des mantras (ou japa) s'opère à l'aide d'un rosaire qui comporte 12, 18, 28, 32, 64 ou 108 grains.

Conscience du corps et langage du corps

Ainsi, le corps humain n'est pas limité à son seul aspect physique mais se déploie également dans plusieurs espaces subtils ou « corps subtils » qui structurent sa forme dans le monde matériel. Ces corps subtils sont au nombre de 6 et sont alimentés en énergie par un système de chakras (ou roues), sorte d'« entonnoirs », de transformateurs, d'antennes. Chacun de ces corps régit un domaine spécifique : psychique, émotionnel, mental, spirituel, etc. Ils sont complètement interdépendants puisque chacun permet aux autres d'exister. Il est possible d'être aliéné de son propre corps physique, de ne pas être conscient de ses pouvoirs, de le rejeter, de le nier complètement, mais, si en revanche, on l'apprécie pleinement, on en prend conscience comme d'un fait naturel. Il convient de s'y identifier, car il représente l'expression concrète de la psyché. En tant qu'extension matérielle de l'expression psychique, le corps irradie la joie d'être lui-même.

Nyasa

Il s'agit de sensibiliser certaines parties du corps en plaçant les doigts et la paume de la main droite sur diverses zones d'éveil sensoriel en récitant un mantra. De cette façon, la puissance résonance mantrique permet de se développer dans le corps. Par exemple, toucher le centre du cœur avec la paume en récitant : aim hridayaya namah.

Mudra

Le mudra consiste en des gestes et postures des doigts répétitifs. Les postures rituelles des mains provoquent une réaction subjective dans l'esprit du tantrika. Ils sont des signes symboliques, des archétypes, basés sur des modèles digitaux, qui prennent la place de la parole. On les utilise pour évoquer dans l'esprit des idées symbolisant les pouvoirs divins, en vue d'intensifier la concentration.
Exemples de mudras : Mudras

Pranayama

Le contrôle des mécanismes psychosomatiques par la régulation de la respiration est peut-être l'une des plus anciennes techniques d'expansion de la conscience. La respiration assure un lien vital entre le soi et le corps, elle purifie les circuits nerveux et vivifie les centres subtils. L'objectif principal est la stimulation du centre de la supra-conscience dans le cerveau, pour préparer l'ascension de la Kundalini. Cette technique met l'accent sur la localisation, la durée, la vitesse, la profondeur et le rythme de la respiration. En temps normal, notre respiration est irrégulière, l'inspir et l'expir sont déséquilibrés, et manquent d'harmonie. Le souffle est à la fois superficiel et précipité, et seule une fraction pulmonaire est utilisée.
La pratique du pranayama consiste en plusieurs phases : d'abord prendre pleinement conscience de l'acte respiratoire. Si l'on ressent le flux d'énergie pranique, on peut le contrôler. Ensuite, la posture physique doit être bien adaptée. Les jambes doivent être croisées pour prévenir la dispersion de l'énergie pranique et constituer un circuit fermé de circulation énergétique. Ensuite, il faut apporter de l'énergie au système en inspirant largement pour emplir les poumons. Puis, on se concentre sur le rythme de la respiration en établissant un bon rapport entre les différentes phases : inspiration, rétention et expiration. L'air est inspiré lentement par la narine gauche, liée au conduit lunaire, Ida, tandis que l'autre narine est bouchée par le pouce. Il est alors retenu et exhalé selon un rythme spécifique. Puis, l'exercice est répété de la même façon avec la narine droite qui est liée au conduit solaire (Pingala). Après l'exercice, se détendre et se relaxer en s'allongeant sur le dos. Lorsque la pratique atteint la perfection ; le corps se détend peu à peu et entre en harmonie rythmique avec les éléments intérieurs. Le pranayama est également utilisé en vue d'atteindre des états de méditation, en se concentrant sur les mouvements intérieurs de respiration.

Concentration et méditation

Dans la vie quotidienne, notre attention est continuellement sollicitée par une quantité de stimuli extérieurs. Les pulsions subconscientes dispersent notre esprit et introduisent une myriade d'associations mentales, mots, images, sensations. La méditation exige que l'on se débranche complètement de ce flux mental en centrant l'attention sur un objet ou un stimulus spécifique. Un acte d'attention simple consiste à centrer son esprit sur un objet, une idée ou un sentiment particuliers ; la concentration n'est rien d'autre que l'intensification du même processus où plus aucune sollicitation étrangère ne vient nous troubler. La méditation est une forme encore plus intense, caractérisée par un contrôle volontaire de l'esprit permettant à la conscience de se situer au- delà de la condition ordinaire.
Yantra de Tara Les symboles traditionnels aident au recueillement comme les yantras ou les mandalas, diagrammes structurellement complexes ; ou plus simplement la concentration s'opère sur la surface extérieure du corps comme l'extrémité du nez ou l'espace intersourcilier ou encore la flamme d'une bougie. Le contrôle de la concentration élimine les pensées errantes et supprime momentanément le monde extérieur..
Un autre moyen de méditer consiste à concentrer son attention sur diverses modalités sensorielles telles que la répétition de mantras, ou à l'écoute des sons internes. Ces sons peuvent être naturels, comme le bruit d'une cascade, les vagues de l'océan, le bourdonnement d'une abeille ou la musique d'une flûte. La visualisation d'une image divine est une autre méthode. La méditation produit deux effets principaux : elle centre l'individu, et elle provoque par la suite, une expérience d'expansion de la conscience, nécessairement irrationnelle et intuitive dans sa forme et son contenu.

La puissance de la transformation : la Kundalini

Quel est le mécanisme évolutionnaire dans le corps humain qui engendre la puissance illimitée de la transformation ? Sur quoi repose la conception des énergies subtiles à l'œuvre dans l'organisme humain ?
La kundalini est la forme microcosmique de l'énergie universelle ou, plus simplement, la vaste réserve d'énergie psychique potentielle, qui existe à l'état latent dans chaque être. C'est la plus puissante manifestation de l'énergie créatrice dans le corps humain. La Kundalini est décrite comme lovée, endormie, inactive, à la base de la colonne vertébrale nommée muladhara chakra ou chakra racine, bloquant l'entrée du passage qui mène à la conscience cosmique, au centre du cerveau. Dans la plupart des cas, la Kundalini peut rester endormie durant toute une vie, et l'individu peut demeurer ignorant de son existence. Aucune description concrète de la Kundalini en termes symboliques ou physiologiques n'est satisfaisante ; c'est une vibration subtile de haute puissance, qui échappe au scalpel du chirurgien. Son efficacité ne peut être appréciée qu'à l'expérience, et d'après les effets que son ascension produit dans le corps humain.

Asana, rituel individuel de l'union

Orchidée Le Tantra asana est un moyen de transcender la condition humaine ; grâce à lui, l'énergie sexuelle physique de l'homme et de la femme peut être transformée en un maximum de puissance par l'intégration totale des forces polaires opposées. La Kundalini, l'énergie latente du corps humain est éveillée et conduite du 1er ch au 7ème ch, où elle s'unit avec la conscience cosmique. En manipulant l'énergie inhérente à la sexualité physique, il est possible de trouver le moyen de s'élever jusqu'au plan spirituel, où se réalise la pure joie (ananda) dans l'union transcendantale. Il s'agit d'expérimenter et de savourer la puissance de la sexualité en vue d'un retour pleinement conscient à l'état primordial d'unité. A travers les âges, l'acte sexuel fut généralement associé à la procréation ou au plaisir physique. Les tantrikas furent les premiers à libérer la sexualité de son orientation limitée et à en reconnaître la valeur spirituelle. La sexualité est spiritualisée, revivifiée, sublimée et considérée comme une donnée acceptable dans le domaine des pratiques rituelles. L'attitude sexuelle d'un tantrika pratiquant est inconditionnelle : la sexualité n'est considérée ni dans un contexte moral, ascétique ou inhibiteur, ni sous l'angle de l'indulgence ou du laisser-aller. La pratique rituelle est dépourvue d'émotions et de pulsions sentimentales. Elle est soutenue par la possibilité technique d'utiliser la sexualité comme un moyen de réalisation. Elle n'est ni morale, ni immorale, elle est amorale. Le tantrika se distingue des puritains en ce qui concerne le mépris des facteurs psychophysiologiques qui sont à la racine de nos instincts comme une cause de maintien dans l'esclavage La libération procède d'un changement de perspective, le corps physique est transcendé par l'usage qu'on en fait dans la quête de transformation. Le corps est un simple instrument, un yantra et aucun code moral, aucune éthique sociale ne peuvent le maintenir prisonnier.
Le Tantra est parfaitement en accord avec la notion selon laquelle la sexualité, ou la fusion des opposés, est la base habituelle de tous les phénomènes, quelle que soit leur dimension. L'universalité de ce concept au plan physique, du niveau infra cellulaire au niveau humain, est démontrée par le fait que la micro sexualité est le fondement biologique de la macro sexualité. Tous les phénomènes sexuels de la nature sont conçus en vue de produire un résultat, le mélange des codes génétiques de deux individus de la même espèce. Le processus qui entoure le désir d'union au niveau biologique est applicable à l'ensemble du système cosmique. L'individuel et l'universel sont construits sur le même plan. La joie intense dérivée de la gratification sexuelle ne varie que par le degré, selon qu'elle est dissipée dans la forme physique ou bien subtilement activée dans un dessein spirituel. Ce rituel est détachable du mental. Le masculin et le féminin y joue chacun leur rôle. Ils ne cherchent pas à expliquer, mais agissent de façon à ressentir. L'imagination créatrice et l'énergie des sens sont largement mises en œuvre, chaque partenaire progresse vers la plénitude de l'unité.
Le rituel est accompli, avec une partenaire considérée comme la réflexion de la Shakti, et il importe que le tantrika s'abandonne complètement à l'objet de son culte : la participante féminine qui incarne l'énergie divine. L'asana tantrique incorpore 3 principaux types de contrôle :
Avant d'entreprendre le rituel, on choisit un lieu favorable, et on détermine une époque et une heure propices. Le lieu du culte revêt également de l'importance. Un lieu solitaire dans une atmosphère dépourvue de bruit et de pollution est un milieu favorable de coordination des mondes intérieur et extérieur. Pour accorder l'environnement, le corps et l'esprit, on procède à ses ablutions, à l'offrande de fleurs et d'encens et d'autres objets rituels.

Préparation

Après que les deux partenaires se soient baignés, Shakti est doucement massée avec des huiles parfumées : jasmin sur les mains, keora sur le cou et les joues, champa sur les seins, nard sur la chevelure, musc sur le ventre, pâte de santal sur les cuisses et khus sur les pieds. La raison principale de l'emploi de certains parfums est la stimulation du chakra racine qui, relié au plan terrestre, communique directement avec le sens de l'odorat. Un point vermillon est dessiné entre les sourcils de la Shakti pour marquer le lieu de l'ouverture du troisième œil. Un plateau chargé de fleurs telles que les hibiscus, des grains de riz, des feuilles de tulsi (plante sacrée) est posé à droite. En face sont disposés des récipients rituels remplis d'eau, un pot à libations recouvert de cinq feuilles de mangue symbolisant les cinq éléments.

Purification

Encens Le rituel s'opère en récitant l'achamana mantra, en vue de maîtriser les étapes de la communion. Le pratiquant trace alors avec les doigts enduits de vermillon ou de pâte de santal, un triangle sur le sol représentant Prakriti puis il sanctifie le siège, la natte ou la couverture sur laquelle il repose. A l'aide d'un autre mantra, il salue alors son guru.

Protection

La puissance de la divinité est ritualisée dans chaque partie du corps pour former un circuit protecteur et activer les centres énergétiques du corps du pratiquant. Par certains mantras, différentes parties du corps sont associées à divers aspects de l'énergie de telle sorte que le champ physique entier de l'adepte est vivifié et protégé. Il prononce trois fois chaque mantra, touchant les parties de son corps avec le pouce, le majeur et l'annulaire.

Transformation

Puis, l'adepte procède graduellement à la purification du corps de sa Sahkti par un rituel approprié. La femme devient la personnification de la déesse, elle ouvre une porte conduisant à une profonde expérience transpersonnelle. Ce n'est que lorsqu'elle est perçue par des yeux divins que le pratiquant transforme symboliquement sa partenaire en corps radieux de Shakti, usant de différents mantras.

Présence symbolique du guru

A cette étape, le pratiquant invoque la présence symbolique du guru. A l'aide du pouce et de l'annulaire des deux mains, il offre du parfum, des fleurs rouges, de l'encens, de la lumière et de la nourriture et enfin, il fait une offrande mentale au guru. Puis, la puissance du guru et de la Sahkti est projetée sur les adeptes qui deviennent eux-mêmes guru et Shakti, et se fondent dans l'immensité , vêtus d'espace. Ensuite, le pratiquant partage le vin avec sa partenaire, il pratique alors le rite du divin nectar. Il suce d'un seul souffle l'extérieur de chacun des deux seins de sa partenaire pour éveiller en lui-même la sensation connue sous le nom de amrta-pan (prendre la nectar).

Culte de Shakti

Ce n'est pas un processus physiologique mais un procédé psychologique projectif qui transforme la perception ordinaire d'une femme par l'adepte, en une perception d'un type spécial : Shakti. L'homme et la femme font partie d'un jeu auquel ils se conforment en parfaite lucidité. Ils se rencontrent l'un dans l'autre ; en cela, chacun se branche plus complètement sur son soi intérieur jusqu'à ce qu'ils réalisent la conscience existentielle de l'unité. Les techniques de sublimation sont fondées sur le contrôle de l'éjaculation, qui est réalisé à l'aide de la régulation de la respiration, ainsi que certains asanas et mudras. L'énergie sexuelle est aussi contrôlée; ce qui assure sa rétention. Une maithuna authentique résulte d'un apprentissage long et difficile.

Culte du corps

Cette étape du rituel implique une expérience sensorielle et esthétique qui prend en compte la relation physique permanente existant entre l'homme et la femme. Le pratiquant révère la chevelure et le visage de sa Shakti comme représentant l'essence du soleil et de la lune, puis entame le rituel complexe de Kama-laka, consistant à toucher toutes les parties de son corps, du gros orteil droit au sommet de la tête, en récitant différents mantras.

Culte du yoni

Le pratiquant célèbre alors le culte du yoni de sa shakti ; il lui offre de l'eau, des fleurs, du vin, en prononçant différents mantras honorant divinités tutélaires. Il dépose alors sur le yoni, en offrande, de la pâte de santal rouge et des fleurs. Puis, le culte intérieur rendu à Shakti commence par la visualisation d'un cercle flottant de rayons lumineux comme reflétés par la neige, mêlés de rouge ; puis apparaît Shakti assise en padmasana avec Shiva. Dans un dernier acte d'abandon, le pratiquant éteint mentalement les aspects de lui-même tels que : sens de l'ego, orgueil, avidité, illusion, et désir qui sont autant d'obstacles sur sa voie, en offrant différentes espèces de fleurs, chacune représentant symboliquement l'un de ces aspects.
Culte du linga C'est alors que le linga est honoré par la récitation, dix fois de suite, d'un mantra spécifique.

Accomplissement et union

Shiva et Shakti L'adepte pratique alors un rapport sexuel psychique. Dissolvant toutes les actions des organes des sens dans le feu du yoni de Shakti, accordant le souffle vital de façon à lui faire pénétrer la Sushumna, il récite 500 fois le mantra Hrim en touchant le yoni. Puis Shakti place ses mains sur la tête du pratiquant en récitant un mantra spécifique. Dès lors, d'adepte, l'homme est transformé en Bhairava, et, en tant que Shiva, il honore Shakti avec 9 neufs fleurs symboliques : saisir, embrasser, baiser, toucher, visualiser, voir, sucer, pénétrer, méditer en murmurant 3 fois le mantra Sivo'ham, Je suis Shiva.
Si Shakti le désire, elle peut jouer le rôle opposé, c'est-à-dire le rôle du pratiquant. Dans ce cas, dans l'union, elle s'assied sur son partenaire, allongé complètement immobile. Elle incarne alors le masculin et le guru, elle anime à son tour le jeu cosmique et opère la transfusion de l'énergie rituelle. Dans les premiers temps de la pratique, si les novices ne peuvent prolonger l'union, il leur est loisible de changer de posture. La période de rétention de l'énergie peut être accrue. Il arrive qu'on ingère des préparation à base de plantes. Pendant l'union sexuelle, la conscience des adeptes s'abstrait de l'environnement physique, dès lors qu'ils s'identifient complètement l'un à l'autre. Après une pratique prolongée, l'énergie sexuelle retenue est sublimée de façon à libérer le flux psychique.

Asana, rituel collectif de l'union

Le rituel de l'union est également pratiqué collectivement. Le rite connu sous le nom des cinq M, est aussi bien pratiqué par les tantrikas de la main droite, que les tantrikas de la main gauche. Pratiqué en cercle, il est connu sous le nom de chakra-puja. C'est une expérience de groupe, intense et programmée. Il importe que les participants ne soient ni trop peu ni trop nombreux ; généralement huit hommes et huit femmes forment le chakra ou cercle. Le guru soumet les participants à l'épreuve d'une période probatoire sévère, généralement d'une année, avant de les admettre à l'initiation du groupe. Outre la condition physique, les dispositions mentales du postulant s'avèrent d'une importance capitale. Le Kularnava Tantra énonce les huit causes d'empêchement : haine, doute, peur, honte, médisance, conformisme, arrogance et conscience de castes. Aussi longtemps que prévalent ces tendances, le postulant n'est pas prêt à pratiquer le rituel.
L'objectif de la chakra-puja est l'expansion de la conscience au moyen des 5 catégories qui sont les objets du désir humain, d'où l'usage des cinq M : madya (le vin), namsa (la viande), matsya (le poisson), mudra (les céréales grillées) et maithuna (l'union sexuelle). Traditionnellement considérés comme des obstacles, ces moyens sont accueillis dans le rituel comme autant de degré sur l'échelle de la perfection. Le principe directeur de ce rituel ne consiste pas à s'abstraire des sens mais à en acquérir la maîtrise à travers l'expérience. Si les cinq M se résument à des projections mentales, le rituel devient une pratique de la main droite. Ainsi, le vin devient le symbole de la connaissance enivrante, la viande évoque le contrôle de la parole, le poisson représente les deux courants circulant dans les conduits subtils ida et pingala de chaque côté du conduit central, les céréales grillées symbolisent l'état yogique de concentration, et l'union sexuelle, la méditation sur l'acte primordiale de la création. Les pratiquants de la main droite utilisent des substituts matériels comme le jus de noix de coco, le gingembre, le riz et les fleurs remplacent maithuna.
Le lieu où se déroule ce rite doit dégager un arôme agréable, de l'encens doit s'y consumer et l'atmosphère doit être sereine. L'heure la plus propice est minuit. L'accomplissement proprement dit devrait prendre place à 3 h 54 du matin et durer 1 h 36. L'éclairage est un point important : des lampes à l'huile de castor qui produit une lumière violette, sont considérées comme le stimulant idéal. Le guru, maître du cercle, demeure le centre directeur du groupe tout au long du rite. Les adeptes saluent le guru et le cercle en joignant les mains. Ensuite, l'ensemble du rituel se déploie comme l'asana individuel avec les mêmes mantras.
Après la consécration du vin, la viande cuite, le poisson et les céréales sont placés sur un plat d'argent, la coupe de vin est bue par chaque participant à son tour. La viande est consommée en même temps que la première coupe, le poisson avec la seconde, les céréales avec la troisième. Ensuite prend place la maithuna.
Shiva et Shakti A toutes les étapes du rituel de l'union, l'accent est mis sur la réalisation de la connaissance et de l'unité au moyen de la rencontre personnelle. Dans le face à face où l'homme et la femme agissent et s'éveillent ensemble à une relation complexe impliquant le corps, les sens et l'esprit, l'union se réalise. Le sexe consume l'ego, toutefois, la sexualité est ambiguë. Elle peut mener l'individu au bord de sa réalisation ou à sa ruine. Dans la mesure où les adeptes s'intègrent harmonieusement à la totalité avec la conscience intense de leurs affinités spirituelles, ils peuvent parvenir à une profonde expérience. Si, des différences les séparent, et s'ils se prêtent à des jeux d'ego, ils ne feront que perpétuer une situation contraire à la libération. Les personnes qui se livrent au Tantra pour des raisons uniquement érotiques, sans tenir compte des fins spirituelles, ne font que s'abuser.

Confrontation

Des moments orageux d'angoisse et de tension panique sont ménagés dans les rituels pour acculer l'adepte à abandonner le manège illusoire des jeux de l'ego et accepter les tensions contradictoires de sa propre structure personnelle. Les tantrikas avancés pratiquent dans les champs de crémation un asana connu sous le nom de savasana. Un tel lieu souligne la réalité de l'impermanence, et le cœur de l'aspirant devient lui-même un champ de crémation : orgueil et vanité, statut et rôle sociaux, nom et réputation, tout cela est réduit en cendres. La confrontation avec les aspects violents et destructeurs de la vie produit sur l'adepte un effet de choc variable, suivant la force de sa conviction, avant que la sérénité l'envahisse. De telles confrontations sont une source de renouveau, elles donnent à l'adepte l'énergie de produire une vision constructive de la situation. Elles contribuent à oblitérer les distinctions entre attirance et destruction, elles soulignent que les extrêmes, les contradictions individuelles, conscientes ou inconscientes, comme les aspects manifestement positifs ou négatifs de l'existence, forment une indissociable unité.

Les étapes de la croissance psychique

Kundalini L'objectif ultime de l'être humain qui s'engage dans la voie du Tantra est la réalisation, ou l'éveil, par l'expérience de l'extase : devenir un être total en prenant conscience de son propre pouvoir psychique. La psyché, noyau condensé d'énergie en expansion, commence par prendre conscience de sa puissance infinie, et accepte le système de croyances du Tantra, au sein duquel elle va se réaliser. Un instructeur spirituel va jouer le rôle d'un guide et indiquer les signaux sur le chemin. Puis commence les pratiques. En suivant une discipline physique et mentale continue, le tantrika permet aux méthodes d'imprégner son existence et ses actions. Il absorbe les techniques par un processus analogue à l'incubation, jusqu'au jour où leur pratiques quotidiennes lui sont devenues aussi naturelles que la respiration.
Le développement psychique s'obtient principalement par une condensation du champ de l'attention, une concentration et un rassemblement des énergies, au moyen de diverses techniques accordées au tempérament et aux dispositions de l'individu. La pratique quotidienne développe la puissance de concentration du tantrika. Une fois qu'un équilibre est obtenu entre les aides extérieurs et les rythmes intérieurs, l'étape suivante consiste en un contrôle de la conscience, au moyen de la désintégration totale de l'ego. Cette étape est la rencontre de l'ombre, l'affrontement des pulsions inconscientes, elle conduit à la perception de l'unité du continuum créateur/destructeur formé par la manifestation des énergies opposées. Il arrive qu'à ce stade, certaines personnes retournent aux conditions matérielles.
L'avant-dernière étape peut être nommée réalisation de soi.. L'adepte commence à comprendre que la conscience est inséparable des autres aspects de l'expérience : il fait partie de la totalité dont il est un centre. C'est la vacuité sereine, accompagnée par une cessation des fonctions volitives et cognitives. Le pratiquant est centré, équilibré, toujours à son aise, et aucune entreprise n'est de nature à le rebuter.
Sur la voie de la réalisation de soi, le pratiquant peut rencontrer certains pouvoirs surnaturels, ou siddhis, tels que le dédoublement ou la lévitation. En tout état de cause, on considère que les siddhis procèdent d'une dimension inférieure de la conscience. Les symptômes physiologiques de la réalisation de soi sont perceptibles aux adeptes du kundalini-yoga. L'ascension de la kundalini à travers les chakras se manifeste par l'accès à certains niveaux de conscience. Dans l'étape préliminaire, le corps est agité de tremblements et l'on peut ressentir l'explosion de chaleur psychique passer le long de la colonne vertébrale. Ramakrishna décrit l'expérience qu'il avait de ce phénomène vibratoire et ondulatoire en termes de « saut », « poussée », »mouvement », « zigzag ».Des expériences auditives internes peuvent être vécues où les sons entendus ressemblent au fracas d'une cascade, au bourdonnement des abeilles, au tintement d'une cloche, etc. De telles expériences peuvent provoquer un étourdissement passager ou un afflux de salive, mais l'adepte doit continuer jusqu'à ce qu'il entende le son interne non frappé, l'absence subtile de vibration ou nada, le silence intérieur. Des réactions visuelles peuvent advenir telles que la visualisation de formes, taches lumineuses, flammes, formes géométriques, jusqu'à ce que , dans l'ultime état d'éveil, tout se dissolve en l'irradiation interne d'une pure lumière à l'éclat intense.
La perception éveillée diffère de la perception ordinaire. Le yogi connaît une expérience qui transcende le temps, et où tous les évènements existent simultanément au cœur d'un présent infini. A l'issue d'un long trajet, la psyché pénètre dans un monde nouveau. L'ambiguïté disparaît, le yogi dissout lentement tous les éléments grossiers de sa personnalité et se dispose à l'ultime abandon avec une conscience subtile et s'unit à l'objet de son culte. Cet état est nommé Sat(Etre), Chit(Conscience), Ananda(Joie), la triade substantielle de Shakti-Shiva en union. Elles forment une trinité authentique au sein de laquelle chacune participe de la seule et même expérience. La perception ordinaire distingue le sujet et l'objet du plaisir. Le tableau n'est pas le peintre. L'éveil abolit de telles distinctions : le peintre devient le tableau et vice versa. L'être humain qui a connu une telle transformation n'a plus de désirs. Les aides extérieures deviennent des symboles énergétiques, des liaisons à l'intérieur de la totalité. Comprenant qu'il irradie la lumière qu'il reçoit de : l'univers, l'éveillé appréhende la totalité du monde objectif comme une création de son propre esprit. Au-delà des mantras, des mudras, et du culte rendu aux divinités, il contemple le cosmos en lui-même. L'origine et la destination se fonde en un simple point focal : UNION. Le connaissant et le connu deviennent UN.
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