L'approche scientifique
De tout temps, l'être humain s'est posé la question de la nature et de l'origine du cosmos ; seuls changent
le contexte de la recherche et les méthodes employées pour parvenir à des réponses satisfaisantes. Par
définition, la science fonde sa recherche sur des observations, et recourt à des méthodes expérimentales,
pour obtenir des données vérifiables. C'est le domaine de la connaissance a posteriori, fondée sur des
faits empiriques, diamétralement opposé au domaine de la connaissance a priori. Paradoxalement, les
disciplines empiriques et intuitives ont un dénominateur commun : toutes deux transcendent les
apparences du monde phénoménal et pénètrent dans l'inconnu pour dévoiler les mystères de l'univers.
Ces deux méthodes étaient appliquées en Inde ancienne. Certaines propositions étaient tirées de la
méthode expérimentale : les faits étaient observés, les exemples soumis à des analyses attentives, et leurs
résultats vérifiés par des moyens empiriques.
Comme la science, la méthode expérimentale intuitive postule certains faits ; mais, à la différence de la
science, elle s'appuie sur des conditions spontanément supra normales, dont le résultat est
universalisable même si l'expérience n'est jamais qu'individuelle. La découverte peut également
provenir d'un processus déductif qui n'est jamais soumis à aucune règle précise.
Du point de vue tantrique, l'efficacité des normes scientifiques ne repose pas principalement sur la
vérification empirique, mais sur la base d'une expérimentation psychique, d'un travail sur soi-même.
Les diverses hypothèses qui sont avancées pour expliquer l'univers à l'aide de la recherche scientifique
représentent autant d'étapes dans la progression spirituelle du pratiquant. Leurs postulats assurent la
cohérence théorique de tout l'édifice rituel. Pour le pratiquant, leur validité dépend de l'efficacité de la
technique rituelle. S'ils lui permettent d'atteindre le cœur de la réalisation, alors ces axiomes sont
« vrais » ipso facto, et il n'est plus besoin de spéculer. Le champ expérimental de l'adepte demeure lui-
même, son propre corps.
Ajit Mookerjee et Madhu Khanna, deux spécialistes des disciplines orientales nous livrent, dans
leur ouvrage intitulé « La voie du Tantra, Art – Science – Rituel » (cf. bibliographie), un exposé précis
résumé ci-après.
La cosmogenèse
Les principes de l'école Samkhya ont profondément influencé le Tantra dans le domaine de l'histoire de
l'évolution cosmique. Ils décrivent toutes les caractéristiques d'une hypothèse scientifique basée sur les
principes de conservation, transformation et dissipation de l'énergie. Selon une conception
cosmogonique répandue, les éléments les plus gros du monde tangible se sont formés à partir d'éléments
plus petits ; les petits éléments à leur tour sont vus comme des composés de substances homogènes
encore plus subtiles. En outre, une telle conception formule un parallélisme psychophysique, et postule
une évolution simultanée de la matière et de l'esprit. Elle conduit à la théorie des cycles récurrents de
l'univers selon laquelle la destruction n'est autre qu'un renversement du processus évolutif vers ses
origines.
Le cosmos a évolué à partir d'un terrain non manifesté nomme Prakriti qui est conçu comme la réunion
de trois gunas. Littéralement guna signifie qualité soit :
- sattva : essence ou substance intelligente,
- rajas : énergie substantielle produisant le mouvement, la force, l'extension, et surmontant la résistance,
- tamas : substance matérielle, force d'inertie
Au terme d'une série de subtiles transformations, un processus intense de différenciation et
d'intégration transforme l'énergie universelle du cosmos en différentes espèces d'unités potentielles
d'énergie nommées tanmatras. Ces tanmatras se caractérisent par leur chaleur irradiante et leur force
d'attraction. Elles sont aussi chargées d'énergies spécifiques représentées par la potentialité :
- du son (énergie vibratoire)
- du toucher (énergie de l'impact)
- de la couleur (énergie radiante de la chaleur et de la lumière)
- du goût (énergie de l'attraction visqueuse) et
- de l'odorat (énergie de l'attraction cohésive)
- l'espace
- l'air
- le feu
- l'eau
- la terre
Le son
La science traditionnelle indienne a étudié l'importance du son et de ses vibrations constitutives. On fait
remonter l'origine physique du son à un impact mécanique, engendrant des vibrations dans les
molécules de l'objet frappé ; celui-ci à son tour agite les molécules d'air environnantes induisant la
vibration sonore. Le son se propage dans l'espace comme les vagues sur la surface de l'océan, soit la
forme des nappes vibratoires sphériques, concentriques qui émanent l'une de l'autre.
On peut distinguer différents types de son, selon leur subtilité :
- sphota : le son transcendantal
- nada : le son supra normal qui peut être entendu mais ne l'est pas nécessairement,
- dhvani : le son audible, articulé que nous connaissons tous.
La doctrine soutient que, bien que la qualité ultime de la potentialité du son soit le silence, au niveau fini,
elle engendre différents degrés vibratoires créateurs de lumière et de dimension. Chaque vibration est
pourvue de sa structure et de son volume propres, qui varient selon la densité du son. Dès lors, si l'on
touche la corde sensible d'un objet, on peut l'animer, le remodeler ou le détruire. A partir de telles
conceptions, les techniques et les processus des syllabes sonores et leurs équivalents visuels ont été
formalisés dans les rituels du mantra et du yantra.
Les atomes
Le Nyaya-Vaiseshika expose les propriétés de la matière ainsi que la nature des atomes et des molécules.
L'atome anu en sanskrit, est invisible et intangible, mais il est appelé paramanu lorsqu'il prend une forme
tangible. Ce paramanu, la plus petite dimension possible d'une particule élémentaire, est généralement
estimée à un ou quelques millionièmes de centimètre. En s'agrégeant, les atomes produisent la molécule
qui produit l'univers visible. Quatre types d'atomes sont distingués, chacun possédant certaines
propriétés caractéristiques telles que valeur numérique, quantité, individualité, masse, gravité, fluidité,
vélocité et certaines potentialités de stimulation sensorielle. Ces quatre types correspondent aux quatre
éléments du monde matériel : terre, eau, feu et air.
De forme sphérique, les atomes sont animés d'un mouvement vibratoire ou rotation caractéristique. Ils
ont une tendance innée à s'unir pour former des molécules homogènes tant qu'ils ne sont pas soumis à
l'influence des corpuscules de chaleur. Ils ont alors tendance à former des agrégats plus vastes de
substances hétérogènes provenant de divers éléments.
L'Alchimie
L'alchimie et la médecine représentaient des aides pour la réalisation d'objectifs spirituels.
L'objectif principal de l'alchimie, outre la transmutation des substances, était la découverte et la
préservation de l'élixir de vie, ainsi que la réalisation d'un état d'équilibre physique de longévité, dans
une harmonieuse intégration de toutes les énergies du corps. Des buts spirituels élevés étaient obtenus
au moyen de l'ingestion de préparations alchimiques. Dans la période védique de l'alchimie indienne, le
Rig Veda décrit le soma rasa comme un nectar, source inépuisable de force et de vitalité qui augmentait
l'énergie sexuelle, stimulait la parole et possédait de nombreuses propriétés curatives.
Bien que la connaissance alchimique ait été largement cultivée dans l'Inde ancienne, elle atteignit son
zénith à la période de la renaissance tantrique (du VIIIème au XIVème siècle de notre ère). Les tantrikas
comprenaient intimement le corps et ses affinités cosmiques, ils connaissaient diverses techniques du
bien-être, la médecine des plantes et des oligo-éléments, les exercices respiratoires et les méditations
hélio-thérapeutiques.
Les expériences alchimiques avaient principalement pour objet la réduction des éléments, et leur
utilisation sous forme primordiale. On croyait qu'il existait une substance universelle ou ultime, à partir
de laquelle fut formé l'univers. Cet élément primordial pourrait être réduit sous la forme d'une poudre
cendreuse obtenue par l'action du feu. Cette incinération était considérée comme une forme de
purification, cette cendre constituait l'élément de base de préparation de l'élixir de vie. La forme
primordiale de toutes choses était liée à l'océan cosmique, ou l'élément liquide, et presque toutes les
formes de fluides - sève, jus, eau, sang - étaient utilisés en médecine.
La théorie chimique des composés organiques et inorganiques, élaborée par les plus grandes écoles
médicales, fournit une classification des cinq éléments subtils et leurs modes isométriques :
- Terre : lourd, grossier, brut, inerte, dense, opaque, excitant l'odorat,
- Eau : liquide, visqueux, froid, doux, glissant, fluide, excitant le goût,
- Feu : chaud, pénétrant, subtil, léger, sec, clair, raréfié et lumineux,
- Air : léger, froid, sec, transparent et en mouvement,
- Ether : impondérable, lumineux, élastique, capable de sons(vibrations).
L'Astronomie
Les origines de l'astronomie peuvent être rapportées à l'époque védique. Les Aryens étaient familiers des
rythmes et des cycles célestes. Ils considéraient que la voûte céleste était régie par les ordonnances
éternelles d'un principe universel inhérent, Rita qui détermine la course et les phases de la lune et des
planètes, le cycle diurne/nocturne et les éclipses. Le Jyotisha Vedanga et le Surya Prajnapati (de - 400 à
200 après J.C.) contiennent les données astronomiques les plus anciennes. Aux temps antiques,
l'astronomie naquit de préoccupations pratiques de la plus haute importance touchant le calcul de la
date et du moment appropriés pour les rites.
De nombreux ouvrages ont formalisé un nombre important d'études méthodiques traitant des
mouvements et des conjonctions des corps célestes, ainsi que leur signification augurale, de la sphéricité
de la Terre, sa rotation autour d'un axe et sa révolution autour du Soleil, ainsi que des formules
permettant de déterminer les paramètres physiques des divers corps célestes (comme les diamètres de la
Terre et de la Lune), la prédiction des éclipses et le calcul de la longueur exacte de l'année. Ces
différentes données ont depuis été corroborées par nos contemporains.
Les mathématiques
La science mathématique était étroitement liée à l'astronomie. Pour assurer l'exactitude des prédictions,
les données astronomiques devaient être compilées sur la base de calculs mathématiques sophistiqués,
et les anciens Indiens inventèrent un système efficace de computation afin de mener des calculs
astronomiques hautement complexes. L'écriture numérique et les méthodes de calcul moderne
proviennent de sources indiennes ; elles sont basées sur la combinaison de deux facteurs
fondamentaux : la place de choix donnée aux doigts, et le zéro. Les mathématiciens de l'Inde ancienne
considéraient le nombre comme à la fois concret et abstrait et développèrent l'algèbre. Ils posèrent les
notions quantitatives de gain et de perte, du positif et négatif en vue de concrétiser l'existence des
quantités opposées. Ils firent largement usage de nombres codifiés, et des symboles et signes
mathématiques.
Dans leur système, les tables astronomiques étaient rédigées en vers, et les chiffres exprimés par le
moyen d'objets et de concepts. Ainsi, le nombre 1 pouvait être représenté par la lune ou la terre ; 2 par
une paire (d'yeux, de mains, etc) ; 0 par le ciel vide et ainsi de suite. Les mathématiciens indiens ont
longtemps travaillé avec des nombres de l'ordre du milliard, et conçu l'infini comme une unité.
L'Astrologie
L'astrologie est avant tout un prolongement de l'astronomie à tel point que beaucoup d'anciens traités
d'astronomie comportent une section astrologique. Beaucoup de notions significatives, telles que les
douze signes du zodiaque, les sept jours de la semaine, la division du jour, manifestent une affinité
remarquable avec les concepts modernes occidentaux.
La sphère céleste, avec sa multitude de constellations, a toujours représenté une force vitale essentielle
dans le mode de vie indien en général et tantrique en particulier. On a recours à l'astrologie pour toute
opération même banale, à partir du thème de naissance, et de la pronostication des mois, jours, heures et
moments favorables. La même méthode est utilisée pour les grands oracles ou les horoscopes personnels.
La pratique de l'astrologie était moins animée d'un souci ésotérique que de la préoccupation pratique de
déterminer les résultats favorables de chaque événement. Tout acte doit rencontrer une issue favorable, et
l'un des moyens les plus puissants de la garantir consiste à ne pas isoler l'événement, mais à l'intégrer à
tous les modes et rythmes vitaux, y compris ceux d'astres lointains, les « maisons lunaires ». Cette
croyance se fonde sur la notion de correspondance entre le microcosme et le macrocosme, et sur la
conviction que chaque objet naturel, pensée, action ou matière, irradie à un certain degré l'énergie
cosmique. Diverses forces cosmiques doivent se conjuguer harmonieusement au moment juste afin d'exercer
une influence favorable.
Dans le calcul du « temps » précis, de nombreux facteurs sont pris en considération, parmi lesquels les
conjonctions planétaires, les maisons lunaires, les périodes de 14 jours (commençant à la pleine et à la
nouvelle lune), la saison, le jour du mois. Tous ces calculs sont dérivés de l'almanach qui recense
méthodiquement les combinaisons des jours, des mois et des années et dresse la liste des phénomènes
astronomiques et astrologiques. En Inde, de nombreux calendriers en usage sont basés sur les données
des anciens manuels.
Les principaux centres d'intérêt de l'astrologie indienne sont la portée et l'influence des 12 signes du
zodiaque, des planètes, et des douze maisons astrologiques. Ces dernières représentent un aspect
important du système indien d'élaboration des horoscopes. L'horoscope est dressé dans un carré ou un
cercle divisé en douze parties ; il est fondé sur le lagna, c'est à dire le signe se levant à l'horizon au
moment de la naissance du sujet. Cet horoscope indique les directions dans lesquelles sa vie peut
évoluer.
Ces principes astrologiques sont également appliqués à la thérapie par les pierres précieuses. Celles-ci
sont considérées comme des réceptacles de l'énergie concentrée dans les rayons cosmiques. Cristallisant
les rayons invisibles, les pierres précieuses recèlent le pouvoir magnétique de les transmettre à travers
l'espace et, à cet égard, elles s'apparentent aux planètes. Les planètes peuvent exercer une influence sur
le corps humain, les pierres précieuses également en tant que condensations d'énergie, elles constituent
des forces bénéfiques susceptibles de contrebalancer les effets de conjonctions planétaires néfastes ; ainsi
à chaque planète correspond une pierre. Les influences planétaires négatives peuvent être
substantiellement réduites ou affaiblies par le port de certaines gemmes.


